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C'est dans le journal ...

samedi 25 avril 2026

revue Le Mouvement social : Antoine Prost, 1989-2001. Comment nous avons changé Orléans.

Dans un article publié en 1999 et devenu un classique de l’historiographie du temps présent des villes1, Antoine Prost assignait à cette dernière la double tâche d’éclairer « l’imaginaire urbain de M. Tout-le-monde » et de retracer l’histoire économique, sociale et politique de « l’éclatement des villes ». Celui qui se présentait alors comme « historien engagé dans l’urbanisme2 », revient vingt-cinq ans plus tard sur les années où il a initié, accompagné et conduit le changement urbain à Orléans, aux côtés du maire socialiste Jean-Pierre Sueur. Dans 1989-2001. Comment nous avons changé Orléans, il n’est pas question d’imaginaire et encore moins de nostalgie ; il n’est pas non plus question de l’étalement urbain de la future Orléans Métropole (2017), même si les acteurs intercommunaux de l’aménagement sont régulièrement mentionnés.

Le livre se situe volontairement à hauteur des habitants d’Orléans, à qui il s’adresse prioritairement. Il part des « traces visibles de notre action » et s’attache à restituer l’histoire « d’opérations qui ont marqué et marquent encore le paysage orléanais », autour de trois raisons d’être de l’urbanisme contemporain : équiper la ville (médiathèque de la place Gambetta, Zénith) ; assumer la transition des mobilités (percée de l’avenue Jean-Zay, piétonnisation de la rue de la République, construction du tramway, réalisation du nouveau pont de l’Europe) ; renouveler l’habitat (nouveau quartier sur les friches horticoles de Saint-Marceau, rénovations urbaines comparées du quartier d’habitat social de l’Argonne et de la « ville nouvelle » de La Source, des vieux îlots du centre-ville). Une lecture « locale » de ce livre d’histoire urbaine est possible. Chaque chapitre correspond à une étude de cas autonome, spatialisée et très documentée. Une autre lecture est cependant possible, que le judicieux chapitre liminaire sur l’histoire politique d’Orléans sous la Ve république nous invite à réaliser.

Explicitement hybride, parce qu’il procède à la fois du récit d’historien et du témoignage d’un adjoint à l’urbanisme engagé, l’ouvrage relève à la fois du retour d’expérience, d’une mise en perspective éclairée et appuyée sur la consultation des archives municipales et de la presse locale (La République du Centre) mais aussi d’un bilan assumé. À rebours des analyses dominantes dans le champ des études urbaines, qui conditionnent le changement urbain contemporain aux seuls enjeux financiers, Antoine Prost met en avant la marge de manœuvre du politique et la capacité des élus locaux à « changer la ville », à défaut de « changer la vie3 ». Les choix de la municipalité centriste de Roger Secrétain (1959-1971), du radical René Thinat (1971-1978) et plus encore des municipalités UDF de Jacques Douffiagues (1980-1988) et Jean-Louis Bernard (1988-1989) diffèrent de ceux portés par l’équipe rocardienne, dirigée par l’universitaire orléanais Jean-Pierre Sueur (1989-2001). Il y a certes des continuités, des inerties propres au changement urbain qui rappellent le « temps long des villes ». Ainsi, à Orléans, de l’ouverture de la « voie G » ou de la construction d’un nouveau pont sur la Loire, tous deux prévus dans le schéma directeur d’agglomération de 1974. Ainsi encore des injonctions séculaires à la résorption de l’habitat insalubre dans le centre. Ainsi, enfin, de l’obligation du renouvellement des grands ensembles dans le cadre de la Politique de la ville, à l’Argonne ou à La Source. Dès les premiers chapitres cependant, Antoine Prost détaille les lignes d’opposition entre les conceptions de l’aménagement urbain de la majorité et de l’opposition municipale, dessinant les contours d’un socialisme municipal de la fin du XXe siècle, jusqu’ici très peu étudié par la recherche urbaine.

Le politique est d’abord affaire de convictions, forgées dès le milieu des années 1960 à l’ombre du PSU, des GAM (groupe d’action municipale) et autres comités de quartier, inspirés de la municipalité Dubedout à Grenoble. L’investissement de jeunes universitaires dans cette nébuleuse réformatrice contribue à formaliser un savoir habitant (groupe d’études municipales de l’agglomération d’Orléans) et à le publier (La Tribune d’Orléans, lancée en 1969 et un temps dirigée par Antoine Prost). La politisation de l’urbanisme s’avère d’autant plus centrale dans le débat municipal que l’époque correspond à la fois à l’édification de nouveaux quartiers et à une rénovation urbaine brutale qui génère des « comités de défense », ici comme ailleurs. Ce militantisme savant et populaire à la fois aurait pu être compatible avec l’action du centriste Roger Secrétain, maire d’Orléans de 1959 à 19714. Mai 1968 et les élections de 1971 contribuent à rejeter les réformistes dans l’opposition, que le Parti socialiste va structurer lentement. Les principes d’action discutés entre 1965 et 1989 déterminent les premières décisions de la municipalité Sueur et ce n’est pas un hasard si Antoine Prost commence son évocation des grands chantiers par la médiathèque. On ne sera pas non plus surpris de trouver ici la défense et l’illustration de la politique de développement social des quartiers (DSQ) dans les opérations de renouvellement de l’Argonne et de La Source.

Le politique est aussi affaire de ténacité, de compréhension par un adjoint à l’urbanisme de la complexité des circuits de décision et du mille-feuille administratif (par exemple sur la voirie). Parce qu’il prend soin de nous détailler les embûches rencontrées qui pèsent sur la réalisation des chantiers, l’auteur nous montre concrètement les affres d’un socialisme municipal que la critique universitaire balaie parfois du terme méprisant de « gestionnaire ». Les lois Defferre des années 1982-1986 ont certes ouvert de nouvelles possibilités pour les maires bâtisseurs, mais le cadre administratif s’est parallèlement complexifié, les services de l’État demeurant très présents dans l’édiction des procédures et le contrôle de légalité. Le chemin de croix des permis de construire envahit chaque dossier. Il reste un domaine relativement épargné de ces pesanteurs, celui du choix de l’architecte par les élus locaux. De Bernard Huet (piétonnisation de la rue de la République) à Santiago Calatrava (pont de l’Europe) en passant par Aymeric Zublena (avenue Jean-Zay), Antoine Prost éclaire la réalité d’un marché national de la commande architecturale, qui tranche avec les pratiques locales de la IIIe et de la IVe République. Cette histoire de la création architecturale, contemporaine des grands travaux parisiens mais bien moins étudiée, est ici remise dans un contexte politique et urbain que ne mobilisent guère les biographies d’architectes.

Le politique est enfin confrontation au « mouvement social », véritable défi d’écriture pour un historien comme Antoine Prost. Les riverains des grands chantiers, les commerçants du centre-ville sont d’abord des opposants aux travaux et plus largement au changement urbain5. Relayées par La République du Centre et par la minorité municipale, ces oppositions contestent les déclarations d’utilité publique, retardant d’autant les chantiers. Comment les décrire quand on est l’historien de ses pratiques d’aménagement ? Le ton neutre choisi par Antoine Prost, qui jamais ne qualifie de Nimby (Not in my back yard) les opposants, ne l’empêche pas de rappeler qu’après l’épreuve des travaux (et notamment de l’épopée du tramway), l’adhésion locale est au rendez-vous ; amertume de la perte de la mairie en 2001, imputée au ras-le-bol des chantiers autant que constat lucide du jeu démocratique. L’importance de l’histoire sociale est aussi rappelée à propos de l’analyse comparée des rénovations urbaines des quartiers d’habitat social de l’Argonne et de La Source. La densité du tissu associatif (Association des habitants de La Source) constitue moins ici un obstacle qu’un levier pour l’administration municipale.

Au final, ce livre très dense et érudit ouvre des pistes pour une histoire urbaine de la fin du XXe siècle, qui reste encore largement à écrire. Le temps des grands ensembles, quand bien même il constitue une rupture majeure de l’histoire des villes au XXe siècle, ne circonscrit pas le changement urbain. Les décennies post-décentralisation ont aussi été pour les métropoles françaises un moment de transformation des formes urbaines, des circulations et plus largement des modes de vie des populations. Parce qu’il éclaire ces changements, en rappelant qu’ils ont été portés politiquement par des hommes et des femmes, le livre d’Antoine Prost mérite d’être diffusé bien au-delà d’Orléans.

Loïc Vadelorge


  1. Antoine Prost, « Une histoire urgente : le temps présent des villes », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 64, 1999, p. 121-126. ↩︎
  2. Sans cependant clairement écrire qu’il était depuis dix ans adjoint à l’urbanisme de la municipalité Jean-Pierre Sueur à Orléans. ↩︎
  3. Titre du programme socialiste de 1972. ↩︎
  4. Pierre Allorant et William Chancerelle, Roger Secrétain. Actes du colloque du 16 juin 2023, Orléans, Éditions Le Mail, 2025. Voir notamment les communications d’Antoine Prost, Jean-Pierre Sueur, Philippe Nivet et Loïc Vadelorge. ↩︎
  5. Cédric Feriel, La ville piétonne. Une autre histoire urbaine du XXe siècle ?, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2022. ↩︎


1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST 1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST
15.00 €




jeudi 23 avril 2026

"Les soeurs Mirabal, l'éternel envol des papillons" par Catherine Pélage

Chaque année, le 25 novembre, les médias ne cessent de le rappeler, c’est la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Mais qui en connaît vraiment la signification et l’origine ?

On le saura à la lecture de l’excellent ouvrage que vient de publier Catherine Pélage aux éditions Regain de Lecture : Les Sœurs Mirabal, l’éternel envol des papillons.

L'origine historique

Cette journée a été décidée en 1999 par l’ONU, en l’honneur de trois sœurs assassinées le 25 novembre 1960 sur ordre de Rafael Leonidas Trujillo.

Dès 1930, Trujillo, « El Jefe », instaure une dictature sanglante en République Dominicaine. Arrestations, tortures, arbitraire, corruption, exécutions, élimination de quiconque s'oppose à sa toute-puissance : tel est son régime. Lui-même sera éliminé en 1961. Le Péruvien Mario Vargas Llosa, académicien et Prix Nobel de littérature, met en scène les derniers jours du dictateur dans La Fête au Bouc (La Fiesta del Chivo). Dans ce roman historique majeur, il explore la tyrannie, la complicité des élites, la violence politique et les traumatismes occasionnés par les régimes totalitaires.

Le sacrifice des "Papillons"

C’est précisément de cette violence politique que vont succomber Patria, Maria Teresa et Minerva Mirabal, massacrées sur ordre de Trujillo alors qu’elles venaient de rendre visite à leurs maris, prisonniers politiques.

Catherine Pélage, professeure des Universités en littérature et culture d’Amérique Latine à l’université d’Orléans et directrice de la Chaire d’études culturelles dominicaines "Sœurs Mirabal", signe ici, avec la collaboration de Sandrine Lucas, un ouvrage aussi utile que profond. Le parcours de ces femmes puissantes dans la résistance à l’oppression méritait bien cette reconnaissance. Leur nom dans la clandestinité, « Las Mariposas » (les papillons), est devenu le symbole de la lutte pour la liberté.

Conclusion

Désormais, avec cet ouvrage particulièrement bien documenté, de Catherine Pélage - dont l'écrivaine américaine d'origine dominicaine Julia Alvarez a signé la préface - le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, aura gagné en visibilité. Ajoutons que les citations incluses dans le texte sont toutes reprises en notes de bas de page et en annexes, en espagnol, conférant encore davantage de force et de crédibilité à la présentation, réjouissant les hispanisants ainsi que ceux dont les restes scolaires le permettent.

Un grand ouvrage. On ne peut qu'en recommander la lecture. On en sort assurément grandi et prévenu de ce que sont ou peuvent conduire les totalitarismes. 


LES SŒURS MIRABAL — Catherine PELAGE, Sandrine LUCAS LES SŒURS MIRABAL — Catherine PELAGE, Sandrine LUCAS
22.00 €




PÉLAGE Catherine
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samedi 11 avril 2026

The conversation : Sur les pas des sœurs Mirabal

https://theconversation.com/sur-les-pas-des-soeurs-mirabal-278340

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dimanche 29 mars 2026

Presse Agence La lettre économique et politique de PACA

détail couverture Mirabal

 

 

ORLÉANS : Histoire – Un livre retrace le destin des sœurs Mirabal, icônes de la résistance

Corsaire Éditions publie le premier livre en France sur les sœurs Mirabal, martyres dominicaines devenues un symbole universel de la lutte pour la liberté.

 

Longtemps méconnue du public français, l’histoire tragique et inspirante des sœurs Mirabal trouve enfin sa place dans les librairies avec la parution de « Caraïbes », préfacé par Julian Alvarez. Publié par la maison orléanaise Corsaire Éditions, cet ouvrage lève le voile sur le parcours de trois femmes exceptionnelles qui ont osé défier l’une des dictatures les plus brutales d’Amérique Latine, au péril de leur vie. Un récit essentiel qui éclaire un pan sombre de l’histoire du 20ème siècle et la genèse d’une journée mondiale de commémoration.

Un pays sous le joug de la tyrannie

Le contexte historique est celui de la République Dominicaine des années 1930. En février de cette année-là, le général Rafael Leónidas Trujillo s’empare du pouvoir par la force et installe un régime de terreur qui durera plus de trois décennies. La dictature de « El Jefe » est marquée par une corruption endémique, un culte de la personnalité omniprésent et une répression féroce contre toute forme d’opposition. Les arrestations arbitraires, la torture dans les geôles du Service de Renseignement Militaire (SIM) et les exécutions sommaires deviennent le quotidien du peuple dominicain. C’est dans ce climat de peur et de silence que des voix courageuses commencent à s’élever.

« Les Papillons », figures de la résistance

Parmi ces résistants, trois sœurs issues d’une famille aisée de la province de Salcedo vont marquer l’histoire : Patria, María Teresa et Minerva Mirabal. Engagées, instruites et déterminées à restaurer la démocratie dans leur pays, elles participent activement à des activités clandestines contre le régime. Leur nom de code, « Las Mariposas » (Les Papillons), devient un symbole d’espoir et de défiance face à l’oppresseur. Leur engagement leur vaut, ainsi qu’à leurs maris, d’être la cible constante du dictateur. Le 25 novembre 1960, le drame se produit. Alors qu’elles reviennent de Puerto Plata après avoir rendu visite à leurs époux, emprisonnés pour leurs activités politiques, elles tombent dans une embuscade tendue par la police secrète. Les trois sœurs et leur chauffeur, Rufino de la Cruz, sont sauvagement assassinés, leurs corps étant ensuite placés dans leur véhicule pour maquiller le crime en accident de la route.

Une postérité internationale et symbolique

Loin d’étouffer la résistance, cet acte de barbarie choque profondément la société dominicaine et la communauté internationale, contribuant à la chute du régime moins d’un an plus tard, avec l’assassinat de Trujillo en mai 1961. Le sacrifice des sœurs Mirabal ne sera pas oublié. En 1999, l’Assemblée générale des Nations Unies, en leur mémoire, a officiellement proclamé le 25 novembre « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ». Le nom des « Papillons » est ainsi devenu un emblème universel de la lutte contre l’oppression et les violences faites aux femmes.

Une expertise universitaire et pédagogique

Ce livre est le fruit du travail de deux spécialistes. Il est co-écrit par Catherine Pélage, Professeure des Universités en littératures et cultures d’Amérique Latine à l’Université d’Orléans, où elle dirige la Chaire d’études culturelles dominicaines Sœurs Mirabal, et Sandrine Lucas, professeure d’espagnol qui a consacré ses recherches universitaires à la République Dominicaine. Leur ouvrage offre, pour la première fois en France, une biographie documentée de ces héroïnes, retraçant leur trajectoire, leur combat et l’héritage immense qu’elles ont laissé. Le livre « Caraïbes » est publié par Corsaire Éditions, dont les informations sont disponibles sur le site corsaire-editions.com.


LES SŒURS MIRABAL — Catherine PELAGE, Sandrine LUCAS LES SŒURS MIRABAL — Catherine PELAGE, Sandrine LUCAS
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dimanche 15 mars 2026

La République du Centre : Pourquoi l'histoire des sœurs Mirabal, reconnue par l'ONU, retrouve la lumière à Orléans grâce à une professeure de l'université
Mirabal Art LaRep mars 2026
 

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jeudi 22 janvier 2026

https://sfhu.hypotheses.org Sociéte française d'histoire urbaine : “1989-2001. Comment nous avons changé Orléans”

Antoine Prost, 1989-2001. Comment nous avons changé Orléans, “Regain de lecture”, Corsaire Éditions, Orléans, 2025, Postface de Jean-Pierre Sueur, 138 p.

Ce livre aurait dû s’intituler Comment la gauche (non communiste) a changé Orléans, puisqu’il narre, par le menu, comment les deux mandats de l’équipe municipale conduite par le socialiste Jean-Pierre Sueur, qui emporte la ville en 1989, ont transformé en profondeur une ville bourgeoise endormie, flanquée de deux quartiers difficiles, l’Argonne et La Source, dont les municipalités précédentes se préoccupaient peu. L’auteur de ce livre a été l’adjoint chargé de l’urbanisme pendant ces deux mandats, responsable de « ce qui a changé dans le paysage orléanais » (p. 4). Mais il est aussi un de nos plus grands historiens vivants1, qui écrit comme tel un ouvrage « hybride » (p. 3), celui d’un acteur, à la fois témoin et historien. La mémoire de son action d’alors s’appuie sur des témoignages et surtout sur le dépouillement des archives municipales et de la presse locale. Une introduction présente le contexte politique de la victoire de 1989, et souligne l’importance des GAM (Groupes d’action municipale), issus de la deuxième gauche à la fin des années 1960, dans la réflexion sur les questions urbaines que les partis négligeaient. À Orléans comme à Grenoble, ces groupements suscitent des comités de quartier qui animent la vie locale, et certains de leurs militants trouveront leur place sur la liste municipale de Jean-Pierre Sueur.

Toujours pédagogue, Antoine Prost rappelle que la modernisation d’une ville ne dépend pas que de la municipalité, mais aussi de l’État, du département, de l’agglomération, enfin du travail « obscur mais constant » de l’administration. Un glossaire des mots de l’urbanisme nous est même fourni page 15.

Doté de ce petit manuel à l’usage des adjoints à l’urbanisme, le lecteur commence un parcours minutieux à travers certaines des réalisations conduites par Antoine Prost, racontées sous forme d’un « album aux chapitres indépendants les uns des autres » (p. 14). Ces dix chapitres expliquent donc, de façon extrêmement détaillée, comment de la ville-centre à ses périphéries, Orléans s’est trouvée profondément transformée. Le lecteur est invité à parcourir à sa guise les pages de ce catalogue urbain, qu’il est impossible de résumer ici. Notons l’attention portée à la ville historique sous la conduite de l’architecte Bernard Huet, le ravalement des façades, le chantier permanent du quartier Dessaux et la volonté de densifier en créant de nouveaux quartiers centraux. Et surtout la saga du tramway, long de vingt-deux kilomètres, œuvre non de la ville mais de l’agglomération, que l’opposition de droite fait tout pour empêcher, ou au moins retarder. Le pont sur la Loire confié à Santiago Calatrava ajoute une touche de prestige à l’ensemble. Deux chapitres passionnants traitent des débuts, et déjà des impasses, de la politique de la ville dans deux quartiers de logement social, L’Argonne en procédure DSQ (Développement social des quartiers) et La Source, excroissance née dans les années 1960, qui bénéficie de l’expertise de Banlieue 89 puis est incluse dans un Grand Projet de Ville. L’auteur note que la réussite de l’insertion urbaine des deux quartiers dans l’agglomération n’empêche ni la délinquance, ni la violence des jeunes, ni l’insécurité ; le début des années 1990 voit l’arrivée de la drogue. Aprés de graves violences, l’ancien adjoint à l’urbanisme rappelle l’impuissance des élus face à certaines décisions de magistrats : « Laisser un assassin présumé en attente de son procès se promener en liberté dans le quartier où le crime a été commis discrédite la justice aux yeux de la population quel que soit le verdict. » La loi est inutile si des défaillances minimes dans son exécution la trahissent (p. 66).

À la lecture de ce puzzle se fait jour une conception nouvelle de la ville, que l’auteur aurait pu expliciter plus clairement2, soit celle qui émerge dans les années 1980 et vise à réparer, à recoudre la ville éclatée des Trente Glorieuses. Retour à la densification de la ville ancienne, piétonnisation des artères urbaines, refus des routes traversant les villes (à Orléans la RN 20), volonté de relier les grands ensembles à la ville par des avenues et grâce au tramway, souci de la culture pour tous, appui sur la société civile via les comités de quartier, ces éléments forment une conception alors neuve de l’urbanisme. Historien, Antoine Prost sait que l’évolution des villes dépend du temps long autant que de la décision politique, et qu’il faut beaucoup de patience et d’obstination face aux multiples oppositions que rencontre la moindre initiative de changement. D’autant que, comme il l’a écrit ailleurs, les habitants n’aiment pas la ville que leur font les urbanistes, les architectes et les élus qui les suivent3. Ceux-ci souhaitent une ville dense, monumentale et active, les habitants, eux, veulent d’abord l’espace privé du pavillon et de son jardin, peu importe que l’agglomération devienne un immense lotissement. La ville contemporaine résulte donc d’un compromis quotidien entre les deux conceptions, comme le montre ce livre à propos d’Orléans4. Quand les termes du compromis cessent de convenir aux citoyens, les élus perdent les élections. En mars 2001, les Orléanais cessent de suivre le rythme des transformations et la municipalité dirigée par Jean-Pierre Sueur n’est pas renouvelée pour un troisième mandat, dans un climat de fort recul de la gauche dans les villes moyennes et alors que le thème de l’insécurité émerge. L’auteur ne traite pas cette question, et d’ailleurs le livre ne comporte pas de conclusion. Souhaitant se situer au-dessus de la mêlée, il explique simplement ce qu’il a fait il y a vingt-cinq ans.

1. Marie Guichoux, « L’histoire faite homme », Le Nouvel Obs, 3 octobre 2013.

2. Jean-Pierre Sueur le fait en partie dans la postface de l’ouvrage, p. 119-125.

3. Antoine Prost. « Une histoire urgente : le temps présent des villes », Vingtième Siècle, revue d’histoire, n° 64, « Villes en crise ? », octobre-décembre 1999., p. 121-126,

4. Pour un développement plus complet de l’auteur sur la gestion de la ville contemporaine et sur le programme d’études qui en découle pour ses futurs historiens, je renvoie à : Antoine Prost, « Comment vont les villes : élus, services et citoyens », dans Danièle Voldman et alii (sous la direction de), Genres urbains. Autour d’Annie Fourcaut, Créaphis éditions, 2019, p. 279-287.

Compte-rendu réalisé par Annie Fourcaut


1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST 1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST
15.00 €




lundi 22 décembre 2025

La Rép du Centre : Un ouvrage sur l'évolution d'Orléans signé Antoine Prost, historien et ancien adjoint de Jean-Pierre Sueur

En guise d’avertissement, il est précisé que cet ouvrage n’est pas un témoignage, mais un travail de professionnel qui repose sur les très riches archives de la ville et de la presse locale (notamment de La République du Centre). Il donne ainsi à voir la réalité et les contraintes de l’action municipale, à laquelle il a contribué, quelle qu’en soit l’orientation politique.
Dans son avant-propos, il écrit :  "S’il est un sujet qui a changé Orléans, c’est bien le tramway", écrit Antoine Prost.

 

Antoine Prost déc 2025

"Voici un livre hybride : un témoignage écrit par un historien. J’ai eu la chance de faire partie de l’équipe qui, conduite par Jean-Pierre Sueur, eut la responsabilité d’Orléans, de 1989 à 2001. Le nous du titre souligne cette dimension collective."

Après toutes ces précautions d’usage, et afin d’étayer son propos, il a fait plusieurs chapitres consacrés aux changements opérés à Orléans durant cette période : la médiathèque, l’avenue Jean-Zay, la rue de la République piétonne, les jardins de Saint-Marceau, la rénovation de l’Argonne ; au fait de donner un cœur à La Source, au centre-ville (halles Châtelet, l’îlot Dessaux, la Charpenterie), au zénith (au péril des inondations), au tramway (inauguré le 20 novembre 2000 par Lionel Jospin alors Premier ministre), au pont de l’Europe. Ainsi, Antoine Prost remet en perspective les motivations qui ont lancé ces grands projets structurants et leur mise en œuvre.

"Sans sectarisme, sans forfanterie"

Le mot de la fin revient à Jean-Pierre Sueur dans une postface au titre évocateur Les villes sont des êtres humains. D’emblée, il indique : "On aurait pu craindre que ce livre tourne au dithyrambe ou à l’autosatisfaction. Mais c’eut été méconnaître la rigueur et l’objectivité dont cet historien (Antoine Prost) a toujours fait preuve et qui sont sa marque de fabrique… On y verra sans doute une défense et illustration de notre action - c’était naturel - mais sans excès, sans sectarisme et sans forfanterie."

Fort de tous ces avertissements, les lecteurs auront donc les cartes en main pour se faire leur opinion sur cette vision. Et, en tout cas, remonter le fil contemporain des évolutions orléanaises. Des évolutions qui ont continué après 2001. Par Alexis Marie


1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST 1989-2001 COMMENT NOUS AVONS CHANGÉ ORLÉANS — Antoine PROST
15.00 €




lundi 10 novembre 2025

MagCentre : Comment la gauche a changé Orléans en dix ans ! Antoine Prost

Entre 1989 et 2001 durant les mandats du socialiste Jean-Pierre Sueur, la ville a été profondément modernisée et restructurée. Militant, historien et acteur direct, Antoine Prost retrace dans un ouvrage les grandes mutations urbaines de la capitale régionale à la fin du siècle dernier.

 



Par Jean-Jacques Talpin.

 

En 2001 après deux mandats à la tête de la ville, le socialiste Jean-Pierre Sueur était évincé, contre toute attente, par Serge Grouard, obscur élu de droite sans passé local, sans programme et à la tête d’une équipe mal préparée à la gestion locale. À la surprise locale car l’ancien maire socialiste laissait derrière lui un bilan de bâtisseur, de modernisateur de la ville. C’est pour rappeler ce bilan, que personne aujourd’hui ou presque ne conteste, qu’Antoine Prost publie, 1989-2001 Comment nous avons changé Orléans (1). Quand il utilise le « nous », Antoine Prost rappelle qu’il fut l’un des acteurs majeurs de cette décennie active. Certes, du haut de ses 92 ans, Antoine Prost est aussi un des grands historiens français, enseignant à Orléans puis à la Sorbonne, spécialiste reconnu internationalement de l’histoire sociale, de l’enseignement ou encore de la Première Guerre mondiale.

« Les traces visibles de notre action ! »

Mais à Orléans il fut d’abord le père de l’urbanisme moderne et à ce titre adjoint à l’urbanisme durant les deux mandats de Jean-Pierre Sueur. Il rappelle d’abord une méthode, celle d’une équipe formée de fortes personnalités et riche d’une véritable réflexion urbaine engagée longtemps avant la victoire de 1989 autour du journal La Tribune d’Orléans avec un programme prêt à être mis en œuvre dès l’élection. Pourtant, Antoine Prost « ne veut pas entreprendre une histoire d’Orléans, ni même des municipalités Sueur (…) Je m’attache à ce qui a changé dans le paysage orléanais, à ce qui demeure, aux traces visibles de notre action ».
 

Dix ans de révolution urbaine

Et pour mémoire, rappelons qu’en dix ans la ville a connu une véritable révolution avec une nouvelle médiathèque, le Zénith, la première ligne de tram, la piétonnisation du centre-ville, l’avenue Jean Zay, les nouveaux quartiers de Saint-Marceau et de la Râpe, les rénovations urbaines à l’Argonne et à la Source, la rénovation du centre-ville, le pont de l’Europe, etc. Quel autre maire, à l’exception de Roger Secrétain avec la création de La Source, pourrait présenter un tel bilan ?

Dans sa postface, Jean-Pierre Sueur voit dans cet ouvrage « sans doute une illustration et une défense de notre action mais sans excès, sans sectarisme et sans forfanterie ».

« L’histoire jugera… ! »

Antoine Prost se refuse en effet à toute polémique. Il aurait pu rappeler les pièges, les oppositions, les chausse-trapes élevées par ses opposants (y compris communistes) à l’action de la ville, la guérilla emmenée par la droite locale (Charles-Éric Lemaignen et Éric Doligé) pour faire capoter le projet de tram. Pas question de critiquer l’action du successeur Serge Grouard même s’il s’interroge sur le projet de restructuration des mails notamment à Place d’Arc. Sage, Antoine Prost se rassure : « L’histoire jugera… ! »

(1) 1989-2001 Comment nous avons changé Orléans par Antoine Prost.
Éditions Regain de lecture (Corsaire Éditions) 15 euros

 

INTERVIEW D’ANTOINE PROST

Dans 1989-2001 Comment nous avons changé Orléans, Antoine Prost défend l’action de l’équipe Sueur durant la décennie 90. Photo Magcentre

Quand vous êtes arrivés au pouvoir en 1989, quel état des lieux dressiez-vous d’Orléans ?

Orléans avait été très active dans les années 60 notamment sous l’impulsion de Roger Secrétain qui a créé La Source. La ville s’était ensuite un peu endormie sous les municipalités Thinat et Galloux avant Jacques Douffiagues et son urbanisme désastreux, avec Place d’Arc qui a enfermé la gare dans un centre commercial.
 

Vous saviez alors quel serait votre programme ?

Nous avions travaillé des années auparavant à réfléchir sur le devenir de cette ville et surtout de l’agglomération. Il y avait des associations comme le GEMAO (Groupe d’études municipales de l’agglomération orléanaise), l’association des habitants de la Source, un journal, La Tribune d’Orléans, une équipe avec Michel de la Fournière, Jean-Pierre Sueur, Jean-Pierre Delport et de nombreux militants qui se sont ensuite retrouvés dans l’équipe municipale. Nous n’avons donc pas été pris au dépourvu quand nous avons remporté les élections de 1989.
 

Quel était alors votre programme de transformation de la ville ?

C’était un projet que nous avons appelé « constellation » avec des interventions fortes sur les quartiers de La Source et de l’Argonne tout en affirmant la fonction essentielle du centre-ville dans l’agglomération. Nous avons aussi défini des priorités. Là où était prévue une nouvelle voie rapide avec des échangeurs, la « voie G », nous voulions une vraie avenue. C’était aussi la mise au point du programme Banlieues 89 à la Source et celui du Développement social des quartiers à l’Argonne. Avec un impératif : ne pas faire une ville pour l’auto mais d’abord pour les piétons. C’était notamment l’objectif du tram.
 

Vous avez connu des résistances à ces projets ?

Bien sûr et elles ont été nombreuses. Les commerçants du centre-ville se sont mobilisés contre la piétonnisation des rues centrales, il y a eu des oppositions politiques notamment du Conseil général contre la première ligne de tram. On a aussi contesté le pont Calatrava ou pont de l’Europe que l’on disait sans issue alors qu’il est aujourd’hui utilisé par des milliers d’automobilistes. Il y a eu aussi des oppositions communistes au tram, des recours écologistes contre la nouvelle avenue Jean Zay, des recours contre le tracé du tram en particulier à Olivet…
 

Des échecs aussi ?

Des regrets surtout comme au stade des Montées où nous avions un magnifique projet architectural mais qui n’a pas pu être réalisé. Regret encore avec la halle alimentaire Charpenterie où le marché a refusé de revenir.
 

Certains vous reprochent d’avoir trop densifié la ville ?

Nous voulions ramener des habitants dans le centre-ville parce que la ville n’était pas assez dense. Nous avons donc repeuplé la ville avec de nouveaux quartiers à Saint-Marceau, à La Râpe, dans le centre-ville.
 

Vous aviez encore de grands projets au-delà de 2001 ?

Bien sûr. Le projet de deuxième ligne de tram était prêt et nous avions encore de nombreux autres projets. Les électeurs en ont décidé autrement. Mais nous avons la satisfaction d’avoir modernisé et changé cette ville !


samedi 20 septembre 2025

Orléans va finalement honorer la mémoire du capitaine capitaine Dreyfus

Accusé de trahison parce que juif, déporté en Guyane avant d’être réhabilité en 1906 Alfred Dreyfus reste le « symbole de la lutte contre l’antisémitisme et l’injustice et figure du courage citoyen » comme l’écrit une délibération du conseil municipal d’Orléans qui se réunira ce lundi 22 septembre. Affecté en mars 1918 au commandement du parc d’artillerie de la cinquième région militaire situé rue du Parc à Orléans, Alfred Dreyfus y demeure jusqu’en janvier 1919 et y accomplit sa dernière mission militaire.

Alors que la LICRA et les défenseurs des droits humains réclamaient depuis longtemps une reconnaissance orléanaise, la mairie était restée sourde jusqu’à présent. Elle vient finalement d’accepter un hommage et d’honorer la mémoire du Capitaine Alfred Dreyfus en nommant la place d’Armes située dans le quartier Sonis : « Place d’Armes – Alfred Dreyfus ».


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vendredi 19 septembre 2025

Alfred Dreyfus à Orléans

 

Alfred Dreyfus acheva sa carrière militaire à Orléans, après avoir servi pendant dix mois au sein du cinquième régiment d’artillerie. Un court passage mais hautement symbolique bientôt célébré par la ville qui a décidé de renommer l’actuelle Place d’Armes en Place Alfred Dreyfus. Cette décision, qui devrait être scellée par le vote du conseil municipal le 22 septembre prochain, est soutenue par la LICRA qui avait par ailleurs lancé une pétition en ce sens au mois d’août, pétition qui avait recueilli plus de 700 signatures. Une initiative qui avait fortement plu au maire de la ville, soucieux de préserver la mémoire de l’Affaire. Pour en savoir plus, on peut suivre ce lien. Une bonne nouvelle à laquelle n'est pas étranger notre ami Georges Joumas, auteur, entre autres, de : Échos de l'affaire Dreyfus en orléanais (2010), Alfred Dreyfus officier en 14-18 (2011) et Alfred Dreyfus citoyen (2018).


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"Il s'est passé des choses, on ne peut pas les taire" : Georges Joumas se félicite de la future place Alfred-Dreyfus à Orléans

L'historien loirétain, qui est un spécialiste reconnu de l'affaire Dreyfus ayant écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et son prisme orléanais, avait commencé à militer pour une telle reconnaissance, en 2000. Il avait sollicité plusieurs maires d'Orléans. Même s'il n'avait pas obtenu gain de cause, d'autres ont pris le relais. Et Serge Grouard a (enfin) concrétisé ce devoir de mémoire.

Le maire d'Orléans, Serge Grouard (divers droite), a été sensible aux efforts de la Licra du Loiret qui a lancé, fin août, une pétition pour avoir un lieu dédié à Alfred Dreyfus, à Orléans, où il a, des années après l'affaire (déclenchée en 1898), terminé sa carrière militaire (avril 1918 - janvier 1919), en tant que commandant du parc d'artillerie de la cinquième région militaire. L'élu a indiqué qu'il avait décidé de rebaptiser la place d'armes du quartier Sonis en place Alfred-Dreyfus.

Des démarches dès 2000

Une nouvelle qui n'est pas passée inaperçue auprès du Loirétain Georges Joumas, historien et spécialiste de l'affaire Dreyfus qui a écrit plusieurs livres. Il s'en félicite sachant qu'il a commencé des démarches afin d'honorer la mémoire de Dreyfus, à Orléans. En 2000, il avait écrit à Jean-Pierre Sueur (PS), alors maire d'Orléans. Sauf que Jean-Pierre Sueur a été battu par Serge Grouard aux élections, en 2001. 

 
"En 2006, j'ai écrit une longue lettre à Serge Grouard. Il était d'accord mais rien ne s'est passé. Comme il y avait de nouvelles voies dans le quartier Sonis à baptiser, je l'ai relancé en 2010. Mais la proposition n'a pas été retenue. J'ai même écrit à Olivier Carré, en 2019, mais je n'ai pas eu de retour."

Pensant avoir fait le nécessaire, d'autres ont pris le relais. À l'image de la Licra du Loiret. Mais aussi de Ghislaine Kounowski (PS), conseillère municipale d'opposition, qui a écrit une tribune dans le bulletin municipal de septembre 2025, intitulée "Alfred Deryfus, le grand oublié de la mémoire orléanaise".
Ainsi que le président de la République qui a proposé que le 12 juillet devienne une journée commémorative pour Dreyfus, pour la victoire de la justice et de la vérité contre la haine et l’antisémitisme. En effet, le 12 juillet 1906, la Cour de cassation rendait à Alfred Dreyfus son innocence, sa liberté, sa dignité et son honneur.

 
photo georges Joumas
Georges Joumas a découvert les ramifications orléanaises de l'affaire Dreyfus en se penchant sur la vie de Louis Gallouédec, maire de Saint-Jean-de-Braye de 1912 à 1937.
 
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mercredi 27 août 2025

Pétition de la Licra Loiret pour la dénomination d’une rue, d’une place ou d’un square Alfred Dreyfus à Orléans

 

Le problème

Pétition de la Licra Loiret pour la dénomination d’une rue, d’une place ou d’un square  Alfred Dreyfus à Orléans

À l’attention de monsieur Serge Grouard, maire d’Orléans

Alfred Dreyfus, une histoire orléanaise

Monsieur le maire, La Licra Loiret sollicite de votre bienveillance la dénomination, au sein de la commune d’Orléans, d’une rue, d’une place ou d’un square au nom d’Alfred Dreyfus. Il s’agit d’une demande à la fois modeste dans sa forme et majeure dans sa portée symbolique.

Dreyfus a connu Orléans. Il y arrive en mars 1918, affecté au commandement du parc d’artillerie de la cinquième région militaire, situé rue du Parc, dans le quartier Dunois. Il y demeure jusqu’en janvier 1919. Et pourtant, aucun lieu de notre ville ne vient rappeler ce passage, cette présence. Nulle trace mémorielle à ce jour dans la cité johannique...

Dans un contexte marqué par la réapparition brutale d’un antisémitisme décomplexé, et alors que les fondements mêmes de notre pacte républicain sont fragilisés, nommer un espace public Alfred Dreyfus serait porteur de sens, illustrant dans le territoire de la ville notre promesse républicaine et rappelant la mémoire d’un homme qui « se refusa toujours à désespérer de la République, de la Patrie et de l’Armée » comme le soulignait récemment le chef de l’État. 

Faut-il évoquer l’affaire ? Alfred Dreyfus, officier français, juif, Alsacien demeuré fidèle à la France après 1871, faussement accusé de trahison au profit de l’Allemagne. Condamné sur la base de faux documents, dégradé en place publique, envoyé au bagne. Dreyfus incarne la victime absolue de la raison d’État, broyée par une mécanique antisémite dans laquelle l’armée, la presse, le monde politique et une large frange de l’opinion furent complices ou aveuglés par les préjugés.

Et même si la République a fini par reconnaître son erreur, même si Dreyfus a été officiellement réhabilité après 55 mois de bagne et douze années de procédures, l’homme n’a jamais cessé de porter en lui le poids de l’infamie. Son nom, il le craignait stigmatisé à jamais. Sa descendance, disait-il, risquait d’en porter le fardeau.

Aujourd’hui, sa famille, que la Licra Loiret a rencontrée, œuvre depuis trois décennies pour que son nom incarne, enfin et pleinement, ce qu’il est devenu : une figure du courage civique, de la fidélité aux principes républicains, de la lutte pour la vérité contre l’oppression. Et c’est bien cette signification qu’il revêt en 2025.

L’Affaire Dreyfus a transformé la France en un laboratoire historique des tensions entre tradition et modernité, révélant les lignes de fracture comme les ressources morales de la République. Elle reste, au XXIᵉ siècle, un repère incontournable pour comprendre les débats contemporains sur la justice, la laïcité, la citoyenneté, et la lutte contre les discriminations.

Monsieur le Maire, nous vous proposons d’inaugurer ensemble cette rue, cette place ou ce square Alfred Dreyfus, aux côtés de ses descendants.

Ce serait un geste fort. Pour que l’histoire ne soit pas tue, et qu’Orléans, loin de rouvrir la blessure, devienne un lieu de reconnaissance et de mémoire partagée. Pour que notre ville ne soit pas le théâtre d’une nouvelle affaire Dreyfus !

Le bureau de la Licra Loiret et sa présidente, Joëlle Gellert

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samedi 12 juillet 2025

ICI : Pourquoi n'y a-t-il pas de rue Alfred Dreyfus à Orléans ?

Recherchez sur le site de France bleu, cet article et vous pourrez écouter l'interview de l'historien Georges JOUMAS, auteur de trois ouvrages sur le capitaine Dreyfus !

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mercredi 19 mars 2025

Dans la Rep ! Adrienne Bolland !

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vendredi 7 février 2025

Magcentre, par Sophie Deschamps. Une autre image de l’écrivaine Michèle Desbordes aux Temps Modernes à Orléans

La talentueuse écrivaine Michèle Desbordes nous a quittés en 2006. Mais celle qui avait diverses attaches dans le Loiret n’est pas oubliée par ses ami.es. En témoigne le beau récit de Michelle Devinant-Romero « Là-bas mon amour, l’archipel oublié » présenté le 25 janvier 2025 aux Temps Modernes à Orléans.

Michelle Devinant-Romero aux Temps Modernes le 25 janvier 2025

 

Michelle Devinant-Romero présente “Là-bas mon amour, l’archipel oublié” aux Temps Modernes le 25 janvier 2025. Photo SD

Ne vous fiez pas au titre un peu énigmatique « Là-bas mon amour, l’archipel oublié. » (Regain de lecture – Corsaire édition). Ce bel objet littéraire signé Michelle Devinant-Romero et à l’écriture dense et ciselée est entièrement dédié à son amie écrivaine Michèle Desbordes (4 août 1940- 24 janvier 2006) comme nous l’a confié son autrice le 25 janvier à la librairie Les Temps Modernes d’Orléans lors d’une rencontre animée avec talent par Julien Leclerc. D’ailleurs, dès le début elle précise : « Ce n’est pas une biographie, ni une étude critique mais un voyage dans l’univers de Michèle Desbordes ».

La surprise des années Guadeloupe

En effet, les deux femmes, toutes deux bibliothécaires de formation et écrivaines, se sont connues à Orléans quand Michèle Desbordes avait été nommée en 1994 directrice de la bibliothèque de l’Université d’Orléans. Et c’est autant l’écrivaine que la passionnée de littérature que Michelle Devinant-Romero salue dans son livre sans tomber dans le travers de l’hagiographie. De plus, Michelle Devinant-Romero qui en 2016 créait Les amis de Michèle Desbordes pensait alors célébrer une écrivaine ligérienne. En effet, elle ignorait à peu près tout des huit années passées par son amie en Guadeloupe de 1986 à 1993 : « Ce livre est né d’une révélation, d’une claque, une œuvre peu révélée que j’avais envie de partager et de faire connaître pour faire émerger d’elle une image nouvelle ».

Michèle Desbordes.

L’écrivaine Michèle Desbordes dans les années 2000. Son amie Michelle Devinant-Romero lui rend hommage dans son récit “Là-bas mon amour, l’archipel oublié” DR
De fait, au début de son récit elle l’imagine quittant avec déchirement cette île qu’elle aimait tant et qui commence ainsi : « Pour la dernière fois, elle voit le bleu radieux de la mer des Caraïbes. C’est ce qu’elle voulait. Partir avant la nuit qui tombe si tôt. Voir encore le bleu incomparable de la mer, le vert et la turquoise profonde. Elle arrivera aux petites demain. Plus de neuf heures pour s’étourdir dans la nuit et oublier ».

Les rencontres « Les livres de ma vie »

Michelle Devinant-Romero découvre alors tout le travail accompli là-bas par Michèle Desbordes pour rendre les livres accessibles à tous les enfants de Guadeloupe. On lui doit notamment la création ou la rénovation de cinq bibliothèques/médiathèques ainsi que la naissance de la médiathèque Caraïbe. 

Mais elle va plus loin. Elle veut faire connaître la littérature caribéenne. Pour cela elle crée la rencontre Les livres de ma vie. Michelle Devinant-Romero écrit : « Sur trois ans, vous avez reçu pas moins de onze écrivains, romanciers, poètes, philosophes et chercheurs. Tous sont issus des terres caribéennes et tous ont à cœur de témoigner de la richesse et de la diversité des histoires, des cultures et des identités de l’archipel des Antilles ».

En fin de rencontre, on revient sur les bords de Loire, fleuve qu’elle aimait autant que la mer. De retour de Guadeloupe, elle voulait vivre près de l’eau et avait choisi la petite commune de Baule. Après son départ choisi le 24 janvier 2006 (elle était alors atteinte d’une maladie incurable) ses cendres seront selon ses souhaits jetés depuis le pont de Beaugency.

Elle laisse derrière elle une œuvre qu’il est urgent de (re)découvrir tout comme le récit de Michelle Devinant-Romero.


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dimanche 26 janvier 2025

Adrienne Bolland élue !

la Rep 26 janvier 2025 Adrienne Bolland


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mercredi 18 décembre 2024

VOTEZ ADRIENNE BOLLAND !

Adrienne Bolland en tête

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vendredi 15 novembre 2024

La République du Centre : Michelle Devinant, Là-bas mon amour, l'archipel oublié

La Rép Archipel oublié 15 nov 2024


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jeudi 14 novembre 2024

Katia Beaupetit dans La République du Centre : La présidente des Amis de Michèle Desbordes raconte un pan méconnu de la vie de l'écrivaine orléanaise, "une amie perdue"
Avec "Là-bas mon amour, l’archipel oublié", Michelle Devinant, la présidente de l'association des Amis de Michèle Desbordes, rend un nouvel hommage à l’écrivaine orléanaise et ancienne conservatrice générale de la bibliothèque universitaire d'Orléans. Une façon d'inviter le public "à la relecture d’une œuvre majeure de la littérature française".
 
Infatigable admiratrice de Michèle Desbordes, Michelle Devinant publie un nouveau récit, Là-bas mon amour, l’archipel oublié, chez Corsaire Éditions. L’auteure – qui a exercé le métier de bibliothécaire aux côtés de la conservatrice générale de la bibliothèque de l’université d’Orléans et fondé, en 2016, l’association des Amis de Michèle Desbordes – fait part d’une découverte essentielle dans l’œuvre de l’écrivaine. Une découverte qui a trait à "cette terre, la Guadeloupe..."
À Orléans, Les Amis de Michèle Desbordes invitent une autre Michèle à parler de son œuvre

"En cherchant dans le legs de Michèle et Jacques Desbordes à la médiathèque d’Orléans, j’ai trouvé de nouveaux points d’accroche sur un épisode de sa vie dont Michèle Desbordes ne parlait jamais… ", explique Michelle Devinant. Et l’auteure de commencer ainsi son récit :

"Il me faut parler de vous […]. De ce moment de votre vie que vous nommez d’un seul mot à satiété. Exil. De ce qu’il fut fondateur de votre vie de femme libre, d’écrivaine. De cette terre, la Guadeloupe, sur laquelle vous avez séjourné presque huit ans de 1986 à 1993".

Après la Guadeloupe, Michèle Desbordes a trouvé refuge à Baule, où elle a mis fin à ses jours. (Extrait du film Michèle Desbordes pour mémoireAprès la Guadeloupe, Michèle Desbordes a trouvé refuge à Baule, où elle a mis fin à ses jours. (Extrait du film "Michèle Desbordes pour mémoire" de Jacques Mény).
© Jacques Mény

Michelle Devinant (Auteure orléanaise)

Plus qu’un fil, Michelle Devinant déroule une véritable pelote sur le travail que Michèle Desbordes a développé là-bas : "elle a participé à une vraie politique de la lecture, notamment envers les enfants, contribué à mettre en place la médiathèque Caraïbe sur un territoire où, jusqu’alors, il n’y avait que de petites bibliothèques tenues par des bénévoles. Mais surtout, reprend Michelle Devinant, elle a organisé des rencontres avec des écrivains exceptionnels lors de séances intitulées “Les livres de ma vie”. Des rencontres d’une grande richesse intellectuelle dont elle n’a pu ressortir indemne et qui ont sans conteste forgé son futur travail d’écrivaine", assure Michelle Devinant.

Un récit comme une enquête

Ces trouvailles ont permis à Michelle Devinant une lecture nouvelle de l’œuvre de Michèle Desbordes, qu’elle se devait de partager : "Celle que l’on reliait toujours à la région Centre et à la Loire avait forgé son œuvre là-bas". Et Michelle Devinant de citer L’Habituée, La Demande ou encore Les Petites Terres qui évoquent, sans les nommer, "cette falaise guadeloupéenne ou encore cette violence des éléments qui lui convenaient tant".


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samedi 21 septembre 2024

Magcentre : Plaques du souvenir pour Adrienne Bolland et Ponson du Terrail à Donnery (45)

Le Loiret poursuit ses efforts pour faire connaître ses célébrités. Ainsi La route des illustres initiée par Tourisme Loiret a fait étape ce samedi 21 septembre 2024 à Donnery.

Deux plaques ont été dévoilées sur le mur extérieur des Charmettes. Une belle propriété où ont habité successivement l’écrivain Pierre-Alexis Ponson du Terrail (1829-1871) auteur de Rocambole et l’aviatrice Adrienne Bolland (1895-1975) première femme à traverser la cordillère des Andes en 1921.

Donnery sept 2024Dévoilement des plaques de Ponson du Terrail et d’Adrienne Bolland à Donnery le 21 septembre 2024. En présence du maire Daniel Chaufton, de la vice-présidente du Loiret Florence Galzin et de Nicole Sicot, nièce d’Adrienne Bolland. Photo SD

Plaque Adrienne Bolland


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